ISBN : 9-791096-195176

Parution : 13 mai 2022

Format : 128 pages • 10 x 17

Fiche Presse/Librairie (PDF)

Un Algérien raconte sa vie

Tribulations d'un prolétaire à la veille de l'indépendance
Anonyme

Ce texte, publié dans la revue Socialisme ou Barbarie en 1959, offre un tableau saisissant de la vie d’Ahmed, prolétaire algérien, à l’époque coloniale. À l’heure des commémorations du 60e anniversaire de l’indépendance, il propose un contrechamp singulier de cette période, plaçant la question du racisme au cœur des dynamiques d’exploitation et d’émancipation.

Ce que la colonisation fait de ses semblables, Ahmed l’utilise au contraire comme levier de sa révolte individuelle, désireux de se détacher de cette masse indifférenciée que les militants voudraient manœuvrer sur les champs de bataille de la propagande. Ni victime ni martyr, Ahmed, c’est la lutte des classes et l’oppression racontées par un héros solitaire.

7,00

Je me rappellerai toujours, un coup de cale à poncer avec le papier de verre, ça m’avait défiguré la figure. J’avais sur la joue une grosse éraflure… et j’avais gros au cœur. Et c’est de là que vraiment je l’ai pris en dégoût, ce patron, et j’ai essayé de faire tout pour nuire à son travail. »

Le récit que nous rééditons ici est la restitution d’un long entretien oral publié en 1959-1960 dans deux livraisons de la revue Socialisme ou Barbarie. Cet entretien met face à face un travailleur immigré issu d’un pays colonisé et un·e (ou plusieurs) militant·e·s révolutionnaire·e·s issu·e·s d’une nation colonisatrice. Ce cadre détermine la teneur de la discussion, en particulier la façon dont Ahmed se raconte (ou dont il refuse de se raconter).

Le récit – qui se défie des appartenances et semble rétif à toute forme d’enrôlement – pourrait se suffire à lui-même. Certains points de contexte socio-historique méritent cependant quelques éclaircissements, tout comme les raisons pour lesquelles cette intervention fut publiée par Socialisme ou Barbarie. C’est pourquoi nous faisons suivre le texte, tel qu’il fut publié en son temps, d’une postface.

Arrivé à la maison, j’ai pris le gosse et je suis descendu au café. Il y avait là une bonne femme, une grande gueule : — Ah ! le Parti communiste, moi, je suis une communiste ! Elle me dit : “Tu te rends compte qu’est-ce qu’ils ont fait, les Algériens !” — Qu’est-ce qu’ils ont fait ? — Eh bien ! ils ont manifesté, et tu te rends compte, ces putains de flics, ils ont laissé arriver juste les Algériens et alors ils ont chargé. Je dis : “Il y avait des Français ?” — Oui, seulement c’est les Algériens qui ont arraché les pavés et qui ont fait la grande bagarre. Il y avait les flics en l’air, les cars de renversés et tout le bataclan. — Ah ! je dis, c’est beau, les flics, les cars, allez hop ! On renverse tout ça. J’étais content. »